Analyse 2006/5

Le déroulement concret de la vie sexuelle des 6-12 ans reste assez méconnu. Pourtant les enfants ont fait de tout temps mille expériences positives et négatives en allant à la découverte du sexe. Et c’est probablement plus vrai que jamais dans notre société des médias et de l’internet. Dans ce contexte, qu’est-ce qu’une sexualité normale, épanouie, harmonieuse, pour des enfants ? Et quelle devrait être l’attitude des adultes, dans la famille et à l’école ?


Durant l’adolescence, la valeur attribuée aux parents par les jeunes est un peu moins grande que celle qu’ils attribuent à leurs copains. Durant la préadolescence, l’équilibre existe entre ces deux pôles, mais les jeunes connaissent un important « bousculement » intérieur qui s’exprime par des larmes et puis des rires, des câlins avec maman et puis un désir d’autonomie...


Pourquoi la sexualité s’extériorise-t-elle au fur et à mesure que l’on grandit ?


La majorité des questionnements et des pratiques sexuelles des enfants, même sous leurs formes nouvelles ou précoces, demeurent ceux de personnalités occupées à se construire positivement dans un monde en transformation. Toutefois, il existe des comportements préoccupants : les inhibitions ou vérifications sexuelles sans joie des enfants anxieux ou traumatisés, les comportements sexuels envahissants d’enfants sans retenue, les enfants qui s’imposent sexuellement à d’autres. Enfin, il existe de franches bizarreries sexuelles, petites ou grandes perversions dont trop d’enfants se donnent le droit, s’y sentant autorisés par l’ambiance sociale générale.


L’être humain est comme un arbre : il grandit par le mystère de ses forces internes. L’intervention d’événements extérieurs a son importance aussi : · Les jeunes voient des scènes érotiques à la télévision, entendent parler de sexualité et ont envie d’être grands. Il faut pouvoir en parler avec eux, mais il faut aussi observer le devoir de discrétion. · Le défi et la camaraderie jouent un rôle important et incitent à la transgression. · L’angoisse et la culpabilité sont très présentes à cette époque de la vie.


Qu’est-ce qu’une sexualité épanouie ?


L’âge moyen de la première relation sexuelle a peu varié au fil du temps ; mais, aujourd’hui, il y a plus de jeunes que par le passé qui ont très tôt des activités sexuellement complètes ; or, s’ils en sont capables physiquement, ils ne le sont pas affectivement. Il y a donc là, pour les parents, un devoir de discrétion, mais aussi un devoir de vigilance.
Pour les aider dans cette vigilance discrète, les parents peuvent se référer à différents indicateurs de bonne santé sexuelle : · une sexualité majoritairement génitale, en rapport avec l’âge ; · présence chez le jeune de curiosité, de camaraderie et de plaisir (même si un peu d’angoisse peut se manifester) ; · liberté intérieure ; · créativité, curiosité ; · variabilité dans les humeurs (rôle du hasard dans les activités, ennui quelquefois...) ; · recherche d’intimité ; · fréquence peu élevée de l’activité sexuelle qui reste « récréative » ; · réciprocité dans la relation ; · les plus faibles sont épargnés.


Il faut avoir confiance dans les richesses humaines et la capacité personnelle de chacun pour penser sa sexualité et lui choisir une place agréable et sociable dans son projet de vie. Un accompagnement adéquat favorise cette capacité.


Quel accompagnement pour les préadolescents ?


Il faut que les adultes soient capables de comprendre leurs propres émotions : une certaine jalousie peut intervenir : la sexualité est le domaine des adultes, pas celui des enfants. L’évolution vécue par les enfants pour reconnaître leur sexualité et en faire quelque chose déstabilise nos émotions, nos idées ou nos principes éducatifs.


Parler avec des préadolescents, ce n’est pas leur tenir de grands discours, mais leur communiquer nos propres vérités. Notre témoignage spontané de vie se verra confirmer une place fondamentale pour la construction de l’identité sexuelle et sexuée de l’enfant ; l’important, pour les enfants et préadolescents, c’est l’adéquation des comportements et des valeurs.


Il est essentiel d’apprendre aux enfants à se respecter et à respecter l’autre.


Il y a les lois fondamentales et il y a les règles auxquelles on croit le plus. Il faut pouvoir les distinguer. Les Lois sont de l’ordre du Bien et du Mal ; elles garantissent la liberté et de l’être individuel et de l’être ensemble. Les règles relèvent des valeurs personnelles et familiales et il faut reconnaître qu’elles sont relatives même si l’on trouve important de les faire respecter. L’enfant ne doit pas faire la confusion entre ce qui est radicalement bien et mal et ce qui est simplement permis et défendu.


Les parents doivent veiller à alimenter l’attractivité de la vie quotidienne des jeunes. Un enfant est moins tenté de faire des bêtises lorsqu’il a des choses intéressantes à faire à la maison et dans ses temps de loisir que lorsqu’il se trouve désÅ“uvré et livré à lui-même. La présence de l’adulte dans la vie quotidienne de la famille est donc elle aussi très importante. Il est très différent pour un enfant, un préadolescent d’être seul dans sa chambre sans personne à la maison OU d’être seul dans sa chambre, mais avec la présence d’un parent à la maison.


Il est essentiel pour les enfants de pouvoir compter sur cette présence bienveillante qui, à l’occasion, peut reconnaître sobrement que l’enfant est aussi sexuel et que c’est bien ainsi ; qui peut le consoler d’une égratignure sexuelle ou le protéger d’un véritable abus ; qui peut repérer une angoisse sexuelle que l’enfant ne dénoue pas seul ; qui peut amorcer et assurer un dialogue sur une question sexuelle que l’enfant se pose vraiment, l’écouter et témoigner délicatement de son cheminement, de ses incertitudes et de ses valeurs d’adultes.


Et à l’école ?


Certains parents se sentent démunis face à la sexualité des enfants ou des préadolescents, certains parents ont même tendance à nier cette sexualité. Ce malaise existe aussi chez les enseignants, qui s’estiment mal placés pour aborder cette question avec leurs élèves.


Des initiatives existent ça et là, mais pour favoriser un développement affectif et sexuel harmonieux des enfants et pour prévenir les risques liés à la sexualité (grossesses non désirées, Sida et autres maladies sexuellement transmissibles, mal-être et suicide élevé chez les jeunes homosexuels), il semblerait utile de favoriser des programmes d’animation dont tous les élèves puissent bénéficier et qui soient harmonisés entre eux, en vue d’une plus grande cohérence.


Ces animations devraient en tout cas poursuivre les objectifs ci-après :

  • offrir un espace de parole et d’écoute aux enfants en présence d’un adulte compétent au départ de leurs questions, de leurs attentes et de leurs besoins, voire de leurs doutes, de leurs inquiétudes ou de leurs peurs ;
  • développer une vision positive de la sexualité, grâce à des repères qui permettent aux enfants de donner sens à leur vécu personnel et relationnel.


Idéalement, ces animations devraient être institutionnalisées et faire partie du cursus normal de l’enseignement, ce qui implique de dégager des moyens pour la formation des enseignants et l’engagement d’animateurs compétents pour assurer ces animations.


Dans l’attente, les conseils de participation, qui offrent l’avantage de réunir l’ensemble des partenaires d’une école, pourraient prendre cette réalité à coeur en inscrivant ce point à l’ordre du jour, de manière à faire de cette éducation affective un aspect consitutif du projet d’établissement, projet qui fait partie de leurs compétences.

 


Texte rédigé par José Gérard et Anne-Marie Pirard, journaliste et collaboratrice de Couples et Familles, au départ d’un exposé du professeur Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, auteur du livre « La sexualité des enfants » et d’une interview de Michel Mercier, professeur aux Facultés Notre Dame de la Paix à Namur et coauteur d’une recherche sur les animations à la vie affective et sexuelle à l’école en Communauté française de Belgique [1].
A lire : « La sexualité des enfants », Jean-Yves Hayez, éditions Odile Jacob, 2004, 320 p.
[1] Evaluation du projet pilote d’implantation structurelle d’animations à la vie affective et sexualle à l’école en Communauté française de Belgique, 2005, Presses universitaires de Namur

Masquer le formulaire de commentaire

1000 caractères restants