Analyse 2018-09

Les enfants sont les premiers concernés par l’avenir de la planète. Mais quel regard portent-ils sur les enjeux environnementaux ? De quelle manière peuvent-ils devenir acteurs et comment les y inciter ?

La première étape est sans doute de les interroger. Pour illustrer les approches différentes que l’on peut rencontrer auprès des plus jeunes, Couples et Familles a interrogé deux enfants : une fille et un garçon, l’une a 13 ans et l’autre 7, l’une vit à la campagne et l’autre en périphérie urbaine.

Pauline, 13 ans

Pauline, 13 ans, vit à la campagne. Mais ses parents n’ont pas particulièrement la fibre « écolo »… Sa grand-mère l’a interrogée : comment vivre autrement pour que la terre se porte mieux ?
« Si j’entends évoquer ce sujet, ça m’intéresse, oui, et j’écoute… Mais je ne regarde jamais la T.V. Je surfe sur internet, soit pour l’école, soit pour entendre de la musique, téléphoner aux copines… Rien sur la planète ! Ce n’est pas que je veuille ignorer les problèmes qu’elle pose, mais c’est un sujet bien trop vaste. Je ne vois pas comment, moi, je peux y changer quoi que ce soit ; alors ça me décourage, donc je passe à autre chose ; à ce qui intéresse les filles de mon âge : les amies, l’école, le théâtre, les "fringues", les jeux, ce qu’on veut faire plus tard, etc. »

Et le genre de comportement qu’on pourrait adopter pour vivre mieux sur une planète plus propre, est-ce qu’on vous en parle quelquefois à l’école ?
« Non, jamais. Enfin, rarement. On l’a fait il y a longtemps… Mais ce qui m’énerve, c’est qu’on ne nous dit jamais quoi faire, nous, les jeunes. Il y a juste à l’école les poubelles de tri – pour les papiers, le plastique, le métal : on nous dit comment répartir les déchets. Au début, on met avec soin chaque chose dans la bonne poubelle, mais très vite on laisse tomber ; la plupart des élèves jettent les canettes derrière les bancs de la cour et c’est le personnel du nettoyage qui doit tout ramasser. Je trouve aussi qu’à l’école ça manque de verdure ! Et puis on vient d’abattre dans la cour un arbre magnifique, qui n’était même pas malade. Tu me dirais bien pourquoi ? C’est triste d’abattre les arbres ! Je pense aussi que si l’école voulait nous sensibiliser à la question de la planète, elle devrait nous emmener visiter des choses intéressantes qui nous aideraient à mieux comprendre les questions qui se posent et ce qu’on peut faire bien concrètement. Par exemple, quelles sont les énergies les moins polluantes… »

Et à la maison, tes parents évoquent-ils avec toi les problèmes de la planète ?
« Non, quasi jamais. Mais les parents ont bien trop de soucis : leur métier, tout ce qu’il y a à faire dans une maison, les enfants, la paperasse, l’argent ; et puis il y a les choses qui les passionnent et qui n’ont pas grand-chose à voir avec les tracas pour sauver la terre. »

Mais toi, Pauline, qui aimes beaucoup la nature depuis ton enfance ?
« C’est vrai que j’aime la nature. Et ça me met en rage quand je vois des gens dans les bois – même des scouts ! – qui laissent traîner leurs déchets de pique-nique n’importe où ! C’est honteux d’abîmer ce qui est beau. Je ne ferais jamais ça ! Mais à part respecter la propreté et bien faire le tri dans les poubelles, je ne vois pas comment empêcher toutes les grandes pollutions dans le monde.  On pourrait peut-être éviter de gaspiller la nourriture ; ne pas jeter les restes qui seraient encore bons. Et puis acheter moins de gadgets. »

Les parents de Pauline se sont joints à elle. Le papa évoque son projet de bâtir une maison mieux conçue, quand la famille devra déménager plus près de la ville. Le voilà qui explique comment, avec des matériaux non polluants, il parviendra à isoler tout le bâtiment de façon idéale, au point qu’il ne faudra plus rien chauffer du tout, même en plein hiver ! Plus de pollution, alors, et une manière de faire des choses pour la planète ? Mais il réplique : « Oh ! Ce n’est pas pour ça que je veux le faire, c’est pour faire des économies ».

Félix, 7 ans

Quand on l’interroge sur ce qu’il a déjà entendu à propos de l’écologie, de la destruction de la nature et de la consommation démesurée dans nos pays, Félix répond ceci.
« J’ai entendu dire qu’en polluant, ça fait des gaz qui sont mauvais pour la planète et pour nous. À cause de ça, il y a des inondations, il y a des icebergs qui se détachent. Il y a aussi des animaux en voie de disparition et certains qui ont déjà disparu. J’aimerais  bien que ça s’arrête, vu que moi je m’intéresse fort à la planète, aux animaux, à tout ça… D’ailleurs, je voudrais devenir scientifique. Je vois qu’on pollue beaucoup et j’aimerais ne pas trop polluer. Pour essayer que ça aille mieux,  je vais à l’école à vélo avec papa. J’essaie aussi de recycler des choses. Tu vois, les boites de conserve, et bien j’en fais des sculptures. Des vieux petits trombones, j’en fais des sculptures de fil de fer. J’aime bien prendre des vieux trucs pour en faire des dessins, des sculptures, tout ça…
Dans ma famille, moi, papa, maman et mon petit frère, on fait un effort. Enfin, maman un peu moins vu que papa et moi on fait du vélo. Elle, elle prend plus souvent la voiture. Mes parents font super attention. Ils achètent des produits bio, chez Bioplanet. Mais des fois on va quand même chez Carrefour. On fait plein de trucs comme ça.
Je crois que si on veut sauver la planète, il faut vraiment que tout le monde s’y mette. Il est vraiment temps de s’arrêter de polluer parce qu’il y a… je dis peut-être des bêtises, mais je pense qu’il y a 8% d’azote, 5% d’oxygène et 99% de pollution, ou 95, je ne sais plus… J’ai lu ça dans un livre assez ancien. Maintenant c’est peut-être 100% de pollution, donc c’est un peu galère. Il serait vraiment temps d’arrêter, que tout le monde s’y mette, que les magasins qui polluent arrêtent et qu’on les transforme en magasins bio. Ça, ce serait super. On prendrait tous le vélo, moyen écologique de transport. Les bus, on pourrait toujours les garder, c’est quand même un moyen écologique vu qu’on y va à plusieurs. On pourrait laisser quelques bus, un par ville par exemple. Les trains, ça, je ne sais pas, je ne suis pas ministre des trains…
À l’école, on n’en parle pas beaucoup, mais on fait quand même attention. Et je pense qu’en 5ème et 6ème on a des cours d’écologie et il faut faire des devoirs. Par exemple : le lendemain, aller à l’école en vélo… »


Que faire pour aller plus loin ?

Voilà deux regards d’enfants sur la transition. Ils s’expriment avec le langage de leur âge et de leur milieu, en fonction de la situation de vie qu’ils connaissent. Leurs parents se sentent sans doute différemment concernés par les questions de transition vers un modèle plus respectueux de la planète. Et chaque enfant a aussi son tempérament, plus ou moins inquiet de l’avenir. Mais tous les deux manifestent que la thématique fait partie de leur univers et des choses dont ils entendent parler. Une chose est sûre, ils sont les premiers à être concernés par l’avenir de la planète, puisqu’ils auront peut-être à résoudre des problèmes bien plus importants que ceux auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Alors, que faire pour qu’ils deviennent de véritables acteurs de changement ?

La première attitude des parents et autres éducateurs est sans doute l’exemple, comme on le rappelle souvent lorsqu’il s’agit d’éducation. Inutile de dire aux enfants de ne pas gaspiller la nourriture ou de ne pas jeter de déchets dans la nature si les parents qui le leur disent leur montrent le contraire au quotidien. Si un enfant vit dans une famille où l’on trie les déchets, où l’on économise les sources d’énergie, etc., il trouvera plus naturel d’adopter ces comportements.

Mais l’exemple, s’il est indispensable, ne suffit pas. Encore faut-il expliciter ses actions par la parole. Dire pourquoi on adopte tel comportement, qui est peut-être un peu différent de ce que l’enfant rencontre dans les familles de ses copains, lui permet de comprendre et de commencer à analyser la situation. Selon son âge, les parents peuvent –sans pour autant l’assommer d’analyses scientifiques ou l’angoisser vis-à-vis de l’avenir- l’aider à adopter petit à petit une attitude critique. Il pourra alors chercher ses propres sources d’information et se forger sa propre opinion.
Pour cela, les parents doivent évidemment eux aussi compléter leur information pour se rendre capables de répondre aux questions de leurs enfants, voire, s’ils n’ont pas de réponse, les accompagner dans la recherche d’éléments de réponse.

Progressivement, ces éléments d’information et d’analyse pourront l’amener à avoir une vision plus globale et « politique » de la problématique. Il ne s’agit pas en effet uniquement de comportements individuels qu’il y aurait à accepter de changer, mais aussi d’un fonctionnement économique qui poursuit des intérêts à court terme, dans lesquels la juste répartition des richesses et la préservation des intérêts des générations futures n’a que peu de poids.
L’enfant ou le jeune sera ainsi préparé à s’insérer dans des actions à sa portée : aller à l’école à vélo, mais aussi donner un coup de main au collectif local d’achat de produits bio et locaux ; plus tard, il pourra militer dans ces associations et tenter de faire bouger les choses.

Voilà évidemment le schéma d’un scénario idéal. Mais les influences diverses qui le touchent ne vont évidemment pas toutes dans le même sens : la publicité, les sollicitations commerciales, l’effet de mode, le regard des copines et copains, etc., n’incitent pas nécessairement à adopter les bonnes attitudes pour une transition écologique.
S’il faut compter avec les influences qui contredisent la volonté éducative des parents, il faut aussi tenir compte de l’existence d’autres lieux d’éducation. L’école, bien sûr, qui occupe les enfants pour une grande partie de leur temps, mais aussi les clubs sportifs, les mouvements de jeunesse, académies et autres lieux de loisirs peuvent se révéler des alliés plus ou moins utiles. Reste peut-être aussi à les choisir.

Enfin, les parents, tout aussi motivés qu’ils soient, doivent rester modestes. N’est-ce pas aussi l’enfant qui parfois leur fait remarquer que leur comportement n’est pas très ‘durable’ ou qui revient de l’école avec la proposition d’une initiative dans laquelle il tente d’embarquer ses parents. Les bons éducateurs sont sans doute ceux qui se laissent eux aussi éduquer. [1]  

 

 


[1] Analyse rédigée par José Gérard. Propos des enfants recueillis par Monique Wybaux et José Gérard.

 

 

 

 

 

 

 

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