Analyse 2018-15

Cette question, posée par un journaliste au pape François, était récemment en plein cœur de l’actualité. Mais pas autant que la réponse qui s’en est suivie. Ou plutôt, une petite partie de la réponse… Comme si la déclaration du souverain pontife s’était limitée à : « la psychiatrie » point barre. Néanmoins, cette manipulation journalistique a mis sur le devant de la scène une question dont peut-être de nombreux parents aimeraient des éléments de réponses plutôt qu’une polémique un peu à côté de la plaque.

La position de l’Eglise semble aujourd’hui connue de tous. Après des titrailles bien choisies pour outrer l’opinion publique – citons : « Le pape recommande la psychiatrie pour l'homosexualité décelée à l'enfance » [1], « Face à l’homosexualité des jeunes, le pape recommande… la psychiatrie » [2], ou encore « Enfants homosexuels : gouvernement et associations dénoncent les propos "indéfendables" du pape » [3] – les lecteurs curieux d’en savoir davantage sur la réflexion menée par le pape à ce sujet ont pu constater que ces titres n’étaient absolument pas représentatifs de l’idée qu’il a formulée. En effet, quand il lui a été demandé ce qu’il dirait à un parent qui verrait que son enfant a une tendance homosexuelle, il ne s’est pas aussitôt exclamé « la psychiatrie » ! Non. Son premier conseil consistait plutôt à recourir à la prière – rien d’étonnant lorsque l’on demande un quelconque conseil à un religieux. Ensuite, il enchaîne directement en recommandant de ne pas condamner, de dialoguer, de comprendre et de donner une place à l’enfant pour qu’il s’exprime. Propos qui, chez Couples et familles, nous semblent sensés et assez utiles pour guider les parents, mais ce n’est évidemment pas ceux-là que les journalistes ont eu envie de relayer et de mettre « à la une » dans leur publication.

Puis vient seulement sa « boulette » où il fait allusion à la psychiatrie, sans développer davantage. On peut regretter que le pape, habitué au fonctionnement des médias, ait ainsi associé l’homosexualité et la psychiatrie. Mais au vu des propos qu’il a tenus par la suite, on comprend que sa réflexion n’allait pas dans le sens que beaucoup de reporters ont laissé entendre, c’est-à-dire considérer l’homosexualité comme un trouble psychiatrique. Effectivement, le pape continue sa déclaration en précisant que selon lui, le silence n’est pas la solution. Il déclare qu’ignorer son enfant qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. « Tu es mon fils. Tu es ma fille. Tel que tu es. Je suis ton père ou ta mère : parlons. » [4] ajoute-t-il. Ce « tel que tu es » démontre bien la position défendue par le pape. Pas question pour lui de « changer » l’enfant ; il est « tel qu’il est ». Et lorsque les parents se sentent perdus, le dialogue est la piste que l’homme de foi les invite à suivre. « Demandez de l’aide, mais toujours dans le dialogue parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille » [5] dit-il. Et il conclut en déclarant : « C’est un défi sérieux qui relève de la paternité et de la maternité. » [6]

Soutien parental

De ce point de vue catholique, tout n’est donc pas à jeter. En fait, la majorité du propos serait même à garder. En dehors de toutes considérations religieuses, les conseils suivants : ne pas condamner, dialoguer, comprendre et donner une place à l’enfant tel qu’il est semblent constituer une base intéressante à exploiter pour des parents ne sachant pas comment réagir face aux tendances homosexuelles de leur enfant.

Pour Couples et Familles, il est aussi important de rappeler aux parents que leur enfant ne se résume pas à cette seule et unique caractéristique. C’en est une parmi beaucoup d’autres. Cet enfant homosexuel est aussi un enfant, peut-être, courageux, rêveur, doué en sport ou en mathématiques, extraverti ou timide, méticuleux, bavard, créatif, généreux, gourmand, etc. Il est tout simplement lui, un tout composé d’une multitude d’éléments dont l’homosexualité fait partie. Le réduire à cette seule étiquette serait absurde. Mais il est vrai que dans notre société, la plupart des parents s’attendent probablement à ce que leur enfant soit hétérosexuel… Ce qui correspond à une sorte de norme sociale en vigueur depuis bien longtemps alors que l’homme [7] (et donc probablement aussi l’homosexualité) existe depuis environ 200 000 ans ! Pas toujours évident, dans ce contexte, de découvrir l’homosexualité de son enfant… [8]

Changer les mentalités : un énorme travail plus qu’indispensable à réaliser

En Belgique, jusqu’en 1972, l’homosexualité était considérée comme un délit. [9] Ou autrement dit, il y a quarante-six ans, homosexualité rimait avec infraction. Il y a quarante-six ans, intolérance, étroitesse d’esprit et rejet étaient donc légalement de mise en Belgique. Puis un changement s’est tout doucement enclenché. En 2003, un nouveau droit s’est ouvert aux personnes homosexuelles : celui de se marier civilement. [10] En 2006, l’adoption leur est ouverte, et en 2014, une loi ouvre « la filiation et la reconnaissance des couples lesbiens ». [11]

Mais même si une évolution est apparue dans les textes de loi, les mentalités n’ont pas forcément suivi. Selon les résultats d’un sondage [12] réalisé en mai 2016 à propos de l’homophobie en Belgique, bien que les attitudes ouvertement homophobes soient minoritaires, il s’avère tout de même que l’homosexualité ait du mal à se faire pleinement accepter et les inégalités en la matière ne sont jamais bien loin. [13] Par exemple, parmi les réponses clairement homophobes, l’on retrouve le fait que « 12% répondent que, s’ils avaient un fils adulte qui était homosexuel, ils lui conseilleraient de dissimuler cela dans son travail pour éviter les problèmes » peut-on lire dans le rapport. Il est aussi précisé que plus de francophones que de néerlandophones adhèrent à cette idée, et également que plus d’hommes que de femmes rejoignent cette pensée. [14]

Le rapport met aussi en évidence une catégorie de personnes un peu particulière. Ces dernières ne se considèrent pas comme intolérantes mais leurs réponses ont de quoi laisser perplexes. En effet, ces personnes semblent réticentes à être d’accord avec une égalité de traitement… Les chiffres en disent beaucoup : « Une personne sur quatre n’aimerait pas beaucoup que son fils ait un prof homosexuel » et « une personne sur huit se déclare explicitement en désaccord avec l’affirmation selon laquelle les enfants doivent apprendre à l’école qu’une relation homosexuelle a autant de valeur qu’une relation hétérosexuelle ». [15]

Il y a aussi les individus qui « se disent tolérants et qui acceptent l’homosexualité en soi, mais qui éprouvent un malaise par rapport à certaines de ses manifestations » [16] surtout lorsqu’elles touchent leur univers immédiat. Quelques exemples pour illustrer ce propos : « Près de trois répondants sur dix (28%) n’aimeraient pas beaucoup retrouver dans un manuel scolaire de leur fils des illustrations de parents du même sexe. » [17] Le même pourcentage déclare ne pas faire clairement comprendre à leur fils que deux personnes du même sexe peuvent tomber amoureuses. Et le pourcentage des personnes qui « affirment faire explicitement comprendre à leur fils qu’une relation entre un homme et une femme est la norme » a de quoi faire peur : celui-ci équivaut à 36%, soit quatre personnes sur dix [18] environ.

Enfin, on retrouve les personnes qui disent n’avoir aucun problème avec les LGBT, ni par rapport à des expressions concrètes de l’homosexualité, même en rapport avec leur univers immédiat. Même s’il est encourageant de savoir que la majorité des répondants à ce sondage (60%) [19] figurent dans cette catégorie « de personnes ouvertes d’esprit », on est loin des 100%...

Par ailleurs, plus d’une personne sur cinq ayant participé à ce sondage déclare avoir déjà émis des doutes quant à son orientation sexuelle. Pour la majorité, cette sorte de remise en question est apparue à l’adolescence. Et statistique encore plus interpellante : 40% des répondants ont estimé ne pas se sentir hétéro à cent pour cent. [20] Dès lors, il semblerait que les personnes « non hétérosexuelles » sont plus nombreuses qu’il n’y parait… Associer l’hétérosexualité à une norme n’a donc aucun sens.

Parents, écoles, politiques publiques, associations : ensemble pour déconstruire les stéréotypes

Les parents, dont les enfants ont des tendances homosexuelles – ou pas – sont ainsi vivement invités à déconstruire cette représentation erronée de l’image du « couple ». Ce travail de sensibilisation doit s’effectuer auprès des plus jeunes, mais aussi auprès des aînés car il semblerait, selon l’enquête, que les seniors sont davantage d’accord avec des déclarations stigmatisantes que les autres tranches d’âge de la population. Ils sont aussi plus nombreux à estimer que l’homosexualité n’est pas naturelle. [21] D’autre part, le sondage fait aussi apparaître une différence quant au genre. En effet, les femmes seraient plus enclines que les hommes à encourager leur enfant à être ouvert à d’autres orientations sexuelles que l’hétérosexualité. De surcroît plus de 70% des femmes estiment que l’école doit apprendre aux enfants qu’une relation, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, a la même valeur. 59% des hommes rejoignent cette idée. [22]

Dès lors, même si la déconstruction des stéréotypes se doit d’être une mission parentale, celle-ci relève également de beaucoup d’autres niveaux : politique, enseignement, culture, etc. Des efforts ont déjà été fait, notamment au travers des programmes télévisés par exemple, où l’homosexualité semble de temps en temps avoir sa place au même titre que l’hétérosexualité, mais cela n’est pas encore suffisant. Pour Couples et Familles, la mission ne sera pleinement accomplie que lorsque l’expression « faire son coming-out » deviendra vide de sens. Ne pas avoir d’attentes quant à l’orientation sexuelle de son enfant et accepter cette dernière lorsque l’enfant/l’ado pense l’avoir trouvée : l’attitude que tous les parents devraient pouvoir adopter… Mais pas facile d’agir de la sorte dans la société actuelle où l’homosexualité commence seulement à se faire accepter.

Néanmoins, une chose que tout parent peut faire, et dès aujourd’hui, malgré le contexte ambiant, c’est faire en sorte que son enfant sache qu’à ses yeux, son orientation sexuelle ne peut avoir aucune influence sur l’amour qu’il lui porte. Plus la sécurité et le sentiment d’être accepté que le jeune peut ressentir dans la cellule familiale sont forts, plus cela pourra sûrement l’aider à faire face à une société à la traine… Toutefois, si l’environnement dans lequel évolue l’enfant (école, quartier, etc.) est hostile à l’orientation sexuelle du jeune et devient source de souffrance, la meilleure solution consiste à en parler, auprès d’un service d’aide par exemple, tout en s’assurant que le jeune sache qu’il n’a rien fait de mal. [23]

 

  

 

 

 


[1] Lu sur les sites Rtl.be, Lesoir.be et Levif.be
[2] Lu sur le site lavenir.net
[3] Lu sur le site lepoint.fr
[4] La phrase du pape qui fait polémique. In : (Brut.) https://www.youtube.com/. Consulté le 29 août 2018.
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Depuis quand l’homme existe-t-il ? In : http://www.museedelhomme.fr/. Consulté le 30 août 2018.
[8] Voir à ce propos : « Coming out. Quand l'homosexualité survient... » de Couples et Familles (Dossier NFF n°88).
[9] Près d'un Belge sur deux a toujours un problème avec l'homosexualité: "Ils se disent tolérants, mais quand il s'agit de leur propre enfant..." In : https://www.rtl.be/. Consulté le 30 août 2018.
[10] Les droits des homosexuels. In : http://proj.siep.be/. Consulté le 30 août 2018.
[11] Ibid.
[12] Commandé par Unia, le sondage en ligne a été réalisé par iVOX entre le 6 et le 9 mai 2016 auprès d’un panel de 1000 personnes représentatives de la population belge. La marge d'erreur maximale est de 3,02 %.
[13] Rapport de recherche iVOX. L’Homophobie en Belgique. Leuven, mai 2016, p.3.
[14] Ibid. p.4.
[15] Ibid. p.5.
[16] Ibid. p.6.
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] Ibid. p.3.
[20] Ibid. p.9.
[21] Ibid. p.14
[22] Ibid. p.12.
[23] Analyse rédigée par Audrey Dessy.

 

 

 

 

 

 

 

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