Analyse 2018-16

À l’heure où les campagnes électorales battent leur plein, la politique et ses à-côtés deviennent des sujets de conversation presque incontournables. L’heure est au bilan : soit un changement est considéré comme étant plus qu’indispensable, soit il est estimé bon de continuer sur la lancée actuellement empruntée. Quoi qu’il en soit, chacun a son propre point de vue… qui n’est peut-être pas toujours facile à assumer. Ou que la personne trouve bon de garder pour elle. Après tout, ne dit-on pas que le vote est secret ?

Certains l’attendent avec impatience, d’autres n’attendent quant à eux qu’une chose, qu’elle ne soit plus qu’un souvenir lointain : la « saison » électorale. Alors que les candidats s’activent pour faire, en quelque sorte, la promotion de leur parti – et la leur aussi tant qu’à faire – les citoyens engagés suivent de près toute cette effervescence, et les moins engagés la subissent, voire la réprouvent. Quand les membres d’une même famille ne sont pas sur la même longueur d’onde quant à l’attitude à adopter face à cette agitation politique, on peut s’attendre à ce que le ton monte lors des réceptions familiales. Et quand en plus il n’y a pas unanimité en ce qui concerne la « couleur » à soutenir, peut-être est-il même temps de se mettre à couvert.

Heureusement, cette vision exagérée des choses n’est pas à prendre au pied de la lettre. Mais elle met néanmoins en évidence une réalité : l’inconfort que peut susciter une divergence d’opinion politique entre enfants, parents, grands-parents, ou même au sein du couple.

Sujet tabou

Contrairement aux familles où de grands débats sur des questions et/ou personnalités politiques sont observés, dans d’autres, la question des élections est un sujet on ne peut plus tabou. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix de taire son positionnement politique. D’abord, cela pourrait peut-être s’expliquer par la tradition familiale. Dans les familles où il est coutume de garder secret son vote, il se peut que cette habitude de silence glisse de générations en générations. Une autre explication pourrait consister à évoquer une sorte de liberté. En ne parlant pas de son orientation politique, on évite ainsi d’influencer autrui quant à sa décision, et vice versa : chacun attribue sa voix en son âme et conscience, sans qu’aucun jugement ne s’ensuive.

Même si cette dernière explication parait louable, des dérives ne pourraient-elles pas en découler ? Pour Couples et Familles, le risque est bien réel. Si une politique du silence quant aux élections règne au sein de la cellule familiale, difficile de conscientiser les jeunes à la citoyenneté, aux problèmes auxquels notre société fait face et aux solutions – présentes et futures – mises en place et envisagées par les différents élus/candidats, etc. Bien sûr, des structures autres que la famille peuvent remplir cette mission : l’école, les associations, les médias…  Mais attention avec ces derniers, les fakes news ne sont jamais bien loin, ni les articles orientés. Et les propos sortis de leur contexte, n’en parlons même pas. Pas facile pour un jeune de se dépatouiller avec toutes ces informations émanant de tous les côtés : télévision, radio, smartphone, presse écrite, réseaux sociaux...

Dans ce contexte, l’aide des parents pour trier le vrai du faux et (re)contextualiser les enjeux sociétaux – économiques, politiques, écologiques, culturels…  – semble précieuse. Et pas seulement lorsque le jeune est en âge de voter. Quand bien même l’adolescent ayant fraichement atteint l’âge de la majorité pourra concrètement traduire sa réflexion et sa prise de décision au travers d’un bulletin de vote, les plus jeunes, pour qui le passage par l’isoloir n’est pas prévu de sitôt, ont eux aussi besoin d’être aiguillés pour que, dès l’enfance, ceux-ci soient sensibilisés à la notion de citoyenneté et à l’importance de comprendre la façon dont fonctionne notre société, qu’il s’agisse de ses aspects les plus positifs (sécurité sociale, etc.) ou au contraire, les plus négatifs (inégalités, etc.)

Prise de recul et objectivité : plus facile à dire qu’à faire

Mais quand les parents s’attèlent à cette tâche qui n’est pas des moindres, leurs convictions – profondément ancrées en eux – ne peuvent qu’orienter cette éducation à la citoyenneté. En effet, il est difficile d’enlever les lunettes à travers lesquelles, tous, nous voyons le monde… Néanmoins, prendre conscience de cette part de subjectivité intrinsèque à chacun peut permettre de l’atténuer. Ainsi, lorsque les parents transmettent à leurs enfants les valeurs qui sont les leurs et qu’ils associent ces dernières au programme présenté par tel ou tel parti ; il faudrait qu’ils n’oublient pas non plus de préciser que d’autres valeurs – dans lesquelles leurs enfants se reconnaissent peut-être davantage – sont pour leur part vigoureusement défendues par tel autre parti. Bref, en donnant aux plus jeunes un aperçu complet du paysage politique existant, les parents peuvent équiper leur progéniture pour devenir des citoyens actifs et responsables ; mais évidemment, il est nécessaire qu’ils s’efforcent de ne pas trop exagérément mettre sur le devant de la scène le parti qui a leur préférence. Il peut être difficile pour certains parents de constater que leurs enfants semblent ne pas vouloir s’orienter dans la même direction politique qu’eux… mais cela peut attester de la mise en place d’un véritable questionnement. Peu importe si son aboutissement n’est pas totalement du goût des parents… C’est ainsi que l’esprit critique du jeune va pouvoir se développer.

Donc, donner l’opportunité à sa descendance de choisir elle-même, et en connaissance de cause, à qui elle va donner sa voix passe, non pas par un silence embarrassé lors des grands rassemblement familiaux en période électorale, mais par des échanges entre tous les membres de la famille où arguments et contre-arguments vont pouvoir aider les jeunes à y voir plus clair parmi tous les programmes politiques. Le but n’étant pas de convaincre (ni même d’énoncer explicitement son intention de vote) mais bien d’ouvrir la discussion sur le contenu des programmes dont la diffusion semble légère… Effectivement, actuellement, l’on voit beaucoup de visages, de couleurs, de numéros, de noms de listes… mais quid des idées défendues ? Les citoyens sont appelés à élire non pas des « miss » ou des « mister » mais bien des décideurs ! Mettre un nom sur un visage est toujours agréable, mais dans ce contexte, c’est davantage sur les projets qu’il faudrait insister. Dommage que la présentation des idées pour le bien-être de notre société ait plutôt, la plupart du temps, des airs de campagnes publicitaires. En effet, certains candidats mettent le paquet pour être certains d’être connus d’un maximum de citoyens, mais cette omniprésence risque d’avoir pour effet « d’étouffer » plutôt que de « mobiliser »… Mais il s’agit là d’un autre débat.

Echanger en famille : se documenter, donner son avis, écouter… et vérifier !

Quand grand-mère et grand-père donnent leur avis quant à ce que vient de dire une cousine qui attend un heureux évènement, elle-même ayant répliqué aux propos d’un oncle au chômage depuis plusieurs mois et célibataire de longue date, qui s’était lui-même exprimé suite à ce que le petit-ami du beau-frère venait de dire : les paroles s’enchainent et ne se ressemblent pas. La jeune génération qui assiste à ces échanges risque d’entendre tout et son contraire. Là encore les parents ont donc encore un rôle indispensable à jouer : inviter le jeune à vérifier la véracité des informations qui lui auront été transmises, et l’accompagner dans cette démarche de vérification.

Il est aussi important de pouvoir accepter et respecter les divergences d’opinions des différents membres de la famille. Chaque personne vit dans une réalité qui lui est propre : les différentes générations ne sont pas confrontées aux même problématiques, la situation professionnelle/scolaire des uns ne nécessite peut-être pas les mêmes besoins que celle des autres, les valeurs défendues par l’ensemble de la famille peuvent peut-être dans l’ensemble être assez similaires, n’empêche que tous ne donneront pas la même priorité à telle ou telle autre valeur, certains membres de la famille préfèrent mettre le focus sur un avenir plus ou moins proche alors que d’autres préfèrent se projeter dans un avenir plus lointain, les loisirs/vécus/croyances des uns diffèrent de ceux des autres ; bref ce qui est le mieux pour un individu en particulier n’est peut-être pas ce qui est le mieux pour un autre. Mais une dimension supplémentaire doit s’intégrer à l’équation : le souci du bien commun.

Ainsi, il importe de conscientiser les plus jeunes à l’importance d’accorder leur voix à un programme qui est bon pour eux ; pour leur réalité… mais aussi pour la collectivité dans son ensemble. [1]

 

 

  

 

 

 


[1] Analyse rédigée par Audrey Dessy.

 

 

 

 

 

 

 

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