Analyse 2018-18

C’est lors d’une table ronde organisée par Couples et Familles que des réponses à cette question ont pu être apportées par des citoyens soucieux de la planète et convaincus de la nécessité d’un changement, aussi bien du fonctionnement de la société que des comportements individuels… et familiaux.

Ces derniers mois, Couples et Familles s’est fortement intéressée à la thématique de la transition ; et pour cause : la réalisation d’une étude entièrement consacrée aux « familles en transition ». [1] Sujet extrêmement vaste mais véritablement mobilisateur et plus que dans l’air du temps… C’est pourquoi plusieurs analyses sur le sujet ont également été rédigées, parallèlement à l’étude, et diffusées en ligne. Peut-être avez-vous eu l’occasion de vous y plonger… Il y était question de discussions intergénérationnelles quant à l’avenir [2], de points de vue d’enfants quant aux questions écologiques [3], de gaspillages textiles [4] et enfin, de minimalisme. [5]

C’est dans le même esprit que s’inscrit cette analyse : compléter la réflexion que peut susciter la lecture de l’étude et par la même occasion, fournir des nouvelles clés pour équiper toutes personnes ayant envie de se lancer en famille dans un mode de vie plus vert, plus durable et plus solidaire.

Quand les initiatives locales deviennent des tremplins pour les familles

Nombreuses sont les initiatives de la transition présentes sur notre territoire, et au-delà. En outre, plusieurs évènements s’appliquent à les mettre à l’honneur, citons : la Fête des Possibles [6], le Festival Maintenant [7] (Festival des Initiatives de Transition), ou encore, Hope [8] (le salon des initiatives citoyennes et des projets durables). Ces rassemblements sont une mine d’or pour qui cherche à découvrir, ou approfondir, les moyens par lesquels il est possible de prendre soin de notre planète.

Remarquons que ces exemples n’ont pas été pris au hasard. Des participants / représentants de ces mouvements étaient des nôtres lors de la table ronde organisée par Couples et Familles. Par ailleurs, des locaux, investis dans un projet communautaire et intergénérationnel étaient également de la partie et ont présenté ce dernier avec entrain. Les coulisses du jardin collectif et partagé de Malonne n’ont ainsi plus de secrets pour qui a assisté à la table ronde. Véritable source d’inspiration pour les citoyens d’autres villages et belle (re)découverte pour les malonnois, ce projet de potager communautaire, qui rassemble petits et grands, représente bien plus qu’une simple histoire de jardinage.

Situé sur le site de l’ancienne abbaye de Malonne, le jardin, composé de quatre terrasses, était laissé à l’abandon depuis de nombreuses années. C’est notamment grâce aux écoles avoisinantes qu’une deuxième vie a pu lui être rendue. Désormais lieu de rencontre entre habitants du village, étudiants de l’enseignement secondaire et supérieur, élèves du primaire et aussi, professeurs et instituteurs, le jardin remplit quatre objectifs bien précis : un objectif communautaire, déjà évoqué ci-dessus : rassembler une communauté autour d’un même projet, un objectif patrimonial, c’est-à-dire la remise en état du jardin et des serres (qui datent des années trente) afin de transmettre cet héritage aux générations futures, un objectif pédagogique, par exemple en faisant du jardin un lieu d’auditoire pour certains cours, et enfin, un objectif écologique (circuit-court, etc.)

Le potager communautaire rejoint aussi la philosophie soutenue par la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme [9] de Pierre Rabhi. Cette dernière commence par énoncer une série de constats dont la conclusion a de quoi faire peur, ou tout du moins, réfléchir : des menaces planent sur le Terre et l’humanité : la poursuite d’une croissance illimitée, la croyance erronée selon laquelle l’argent fait le bonheur… ou pire, considérer que le but ultime d’une vie se limite à amasser fortune… « Quelle Planète laisserons-nous à nos Enfants ? Quels Enfants laisserons-nous à la Planète ? » [10] interroge ensuite le texte. Heureusement, celui-ci ne se termine pas sur cette note pessimiste. Il liste aussi plusieurs propositions pour « vivre et prendre soin de la vie » [11]. Par exemple : la relocalisation de l’économie, ou encore, une autre éducation ; une éducation qui éveille l’enfant « à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie » [12]. Le jardin partagé fait indubitablement écho à ces deux propositions. D’une part, il contribue à la production et à la consommation locale de légumes, et d’autre part, il apprend aux plus jeunes que l’individualisme prôné par notre société n’est pas la seule voie qui existe. Effectivement, il invite à la solidarité, à l’entraide et au partage de connaissances/compétences, tout en responsabilisant la jeune génération.

Comme l’a signalé l’une des « potagistes » malonnoises, le mot responsabilité n’est pas à prendre à la légère. Le sens de ce mot est d’autant plus percevable dans sa version anglaise : « responsability », ou autrement dit, « la capacité de répondre ». Répondre à quoi ? Aux enjeux actuels et futurs concernant l’environnement. D’ailleurs, l’école secondaire impliquée dans le projet est même allée plus loin dans la démarche et concrétise encore d’une autre façon la proposition présentée dans la Charte. Elle a instauré un cours optionnel de permaculture auquel les élèves de première année à la rhéto peuvent assister. Ainsi, chaque vendredi après-midi, pendant une heure et demi, les jeunes peuvent découvrir la permaculture par les semis, par des rencontres avec des producteurs locaux ou des artisans, etc. En reconnectant les enfants/ados à la terre, celle-ci ne pourra être que davantage respectée… Les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes et donc, les preneurs de décisions de demain ; mais dès aujourd’hui, en étant conscientisés, ils peuvent à leur tour répandre les valeurs qui leur tiennent à cœur autour d’eux. Et pourquoi pas, par exemple, se lancer dans la permaculture dans le jardin des parents, ou même celui de papy et mamy ? Après tout, il n’y a pas d’âge pour apprendre, ni d’âge pour transmettre des compétences.

Ainsi, quand il s’agit de se lancer en famille dans la transition, les initiatives locales sont une piste intéressante vers laquelle se tourner pour enclencher le processus. Qui plus est, dans ce type de projet collectif où les liens qui unissent les individus entre eux sont un véritable moteur qui dynamise et fait vivre l’activité, ceux qui s’y joignent savent qu’ils pourront compter sur le soutien des autres membres en cas de « coup de mou »… car se lancer dans la transition peut ne pas toujours être une partie de plaisir. Par exemple, on peut aisément imaginer que la personne qui, malgré ses efforts, ne parvient pas à faire pousser un seul légume, peut ressentir agacement ou déception. Mais les conseils avisés de ses pairs pourront l’aider à persévérer, et même à la guider vers d’autres aspects de la transition. D’où l’importance de ce type de réseaux, réel facilitateur d’une entrée réussie dans la transition.

Petits pas par petits pas

Outre un résultat escompté qui ne parvient pas à se manifester (le légume qui refuse de pousser), un frein à l’entrée dans la transition peut aussi se trouver dans l’empressement à vouloir révolutionner son mode de vie. Tâche qui ne s’accomplit évidemment pas du jour au lendemain…

Une prise de conscience est survenue dans le chef d’un citoyen ? Très bien. Mais vouloir totalement changer ses habitudes sur le champ : une réaction à éviter ! Pourquoi proscrire cette noble intention ? Simplement parce que l’échec y sera la plupart du temps au rendez-vous, surtout lorsqu’il ne s’agit pas de changement individuel mais bien familial. Plus un choix est radical, plus il sera difficile d’y faire adhérer toute la famille… et des tensions risquent de pointer le bout de leur nez. Pour qu’ensemble, la cellule familiale s’y mette, il convient d’adopter un rythme relativement calme, dans lequel tous les membres de la famille pourront se sentir à leur aise. Une fois le pied mis à l’étrier, alors peut-être sera-t-il possible – et seulement à ce moment-là – d’envisager une augmentation de la cadence si tout le monde s’accorde sur ce point.

Mais multiplier les actions de la transition – et surtout, s’y tenir – s’effectue sur plusieurs années. Il s’agit d’un processus long et presque sans fin car il y aura toujours possibilité de faire « encore plus ».

Par où commencer ?

Par n’importe quelle action qui n’induit pas une modification extrême du mode de vie familial actuellement en place. Par exemple, la famille qui aspire à se passer de son frigo, choix radical par excellence, peut, au fil du temps, modifier toute une série de comportements de moins grande envergure – et qui auront déjà un impact certain sur la planète – pour au final, parvenir à ne plus avoir besoin d’un frigidaire.

Acheter les quantités dont on a besoin pour éviter le gaspillage, acheter local et plus régulièrement pour moins stocker, modifier son alimentation, commencer à réfléchir à de nouveaux modes de conservation comme la déshydratation par exemple, etc. Toutes ces actions en amont comptent, aussi petites soient-elles. Et si le frigo reste malgré tout branché car la famille se rend compte qu’elle ne peut finalement pas s’en passer, elle aura tout de même réussi à modifier pas mal de ses habitudes et à réduire son empreinte carbone.

Au niveau des petits actes qui peuvent avoir un impact considérable, le domaine de la mobilité est à exploiter. Toutefois, chaque famille peut réaliser son propre bilan carbone [13], en fonction de ses habitudes.

Une autre piste accessible, présentée dans le dernier film d’Hubert Reeves « La Terre vue du cœur », consiste à réduire sa consommation de viande industrielle. En plus d’impacter le bilan carbone, cette action assez simple rejoint les préoccupations concernant le bien-être animal. Attribuer un jour de la semaine à un régime sans viande : une action à la portée de tous qui peut faire une énorme différence pour notre planète. Attention néanmoins à ne pas se ruer sur les produits importés en avion de l’autre bout du monde pour cuisiner le « menu végétarien » de la semaine… Remplacer son steak irlandais par du quinoa d’Amérique du sud, revient presque à remplacer un mal par un autre. Ainsi, avant d’agir, il convient de réfléchir à ce qui se cache derrière les aliments que nous achetons. Un participant à la table ronde s’est même exclamé : « Le pouvoir de consommer est plus important que le droit de vote ! » Il est vrai qu’en consommant, en achetant, ou en n’achetant pas, nous, citoyens, pouvons réellement peser dans la prise de décisions des magasins de proposer tel ou tel produit à la vente. À nous de lire les étiquettes et de minutieusement sélectionner les produits qui soutiennent une philosophie et un certain type d’économie profitable à la planète et à l’humanité.

La transition : autant de portes d’entrée que d’individu

Une citoyenne présente à la table ronde a très justement comparé la transition à une grande bibliothèque où chacun peut aller puiser un livre et s’en occuper : le lire et assimiler son contenu, à son rythme. Ainsi il faut garder à l’esprit que tous, nous n’avons pas choisi le même livre. La transition revêt une multitude de formes et chacun peut y entrer à sa façon. Inutile de nous juger les uns les autres quant à nos actes, nous n’avons pas tous lu les mêmes livres et nos parcours ne peuvent être comparés. Par contre, en nous écoutant les uns les autres, nous pourrons apprendre à propos des livres que nous n’avons pas encore eu le temps de lire et peut-être mettre en pratique ces nouveautés… ou pas.

Bref, tous les pas en avant sont déjà des grands pas… et si tous nous en faisons un, alors on pourrait même peut-être alors parler de bond de géant. [14]

 

 

 

 

  

 

 

 


[1] « Familles en transition » de Couples et Familles (Dossier NFF n°125).
[2] Ensemble, réfléchissons à demain. Analyse 2018-07 de Couples et Familles.
[3] Les enfants peuvent-ils être des acteurs de la transition ? Analyse 2018-09 de Couples et Familles.
[4] Le gaspillage textile, une préoccupation familiale ? Analyse 2018-10 de Couples et Familles.
[5] Concilier minimalisme, couple et parentalité : mission impossible ? Analyse 2018-12 de Couples et Familles.
[6] https://fete-des-possibles.org/
[7] https://www.festivalmaintenant.be/
[8] https://hopeinbelgium.wixsite.com/hope
[9] Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme. In : https://www.colibris-lemouvement.org/. Consulté le 21 septembre 2018.
[10] Ibid.
[11] Ibid.
[12] Ibid.
[13] Plusieurs sites internet permettent d’effectuer cette opération.
[14] Analyse rédigée par Audrey Dessy sur base des propos échangés lors de la table ronde tenue durant l’afterwork organisé par Couples et Familles le 10 septembre 2018 dans le cadre de l’édition 2018 de la Fête des possibles.

 

 

 

 

 

 

 

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