Analyse 2018-27

Le mois de décembre est synonyme de festivités chez bon nombre de personnes… Du 1er décembre, avec la préparation de la Saint-Nicolas, jusqu’à la soirée du 31 décembre organisée pour clore en beauté l’année écoulée ; en passant bien entendu par les réjouissances liées à la fête de Noël, le dernier mois de l’année s’annonce extrêmement chargé avec à la clé : des achats en veux-tu en voilà. Et la transition dans tout ça ?

Chez Couples et Familles, 2018 fut incontestablement l’année de la transition. L’élaboration de l’étude « Familles en transition » [1] a donné lieu à pas mal de prolongements tant la thématique interpelle à l’heure actuelle : organisation de tables rondes en amont et en aval de la parution du dossier, rédaction d’analyses complémentaires à l’étude, mise en place d’animations, etc.

Le message est clair : la société va plutôt mal et un changement est plus que souhaitable, comme l’a également laissé entendre la fameuse marche pour le climat « Claim the Climate » [2] dont les « peoples » belges, entre autres, se sont activés à faire la promotion sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. En effet, décembre a commencé en force avec une revendication de taille qui a beaucoup fait parler d’elle : celle de la justice climatique… Reste à espérer que le message transmis lors de la mobilisation d’envergure qui s’est tenue dans notre pays lors du premier jour de la COP24 ne sera pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Dès lors, même si tout doucement, les choses bougent et les mentalités évoluent – comme en a d’ailleurs aussi récemment attesté le soulèvement, bien que encore trop timide, contre le « Black Friday » et ses promotions incitant à la surconsommation – la transition qui prend peu à peu place dans le mode de vie des citoyens conscients des dangers du consumérisme risque de voir sa course ralentie avec l’arrivée des fêtes de fin d’année.

Un possible tiraillement

L’image fantasmée des fêtes, diffusée aussi bien dans les dessins animés des plus jeunes que dans les feuilletons télévisés des plus âgés et relayée en masse par la quasi intégralité des publicités propagées entre mi-novembre et mi-janvier fait rêver. Une fenêtre dont les croisillons sont légèrement recouverts de neige laisse entrapercevoir l’intérieur d’un foyer chaleureux. Un salon, ou une salle à manger, décoré avec goût (ou pas, mais dans ces circonstances, le kitch est accepté) où se côtoient sapin touffu éclairé de mille feux, cadeaux par milliers et festin de roi ; sans oublier une famille qui respire le bonheur. Car il s’agit tout de même là de l’essentiel : une famille réunie et heureuse. Le serait-elle uniquement grâce à la dimension matérielle de ces festivités hivernales ?

En tout cas, toutes ces fioritures « noëllesques », si l’on peut dire, contribuent dans une certaine mesure à une ambiance joviale et bon enfant : pulls de noël, calendriers de l’Avent thématiques, gadgets et déco en tout genre, et surtout cadeaux. Difficile de ne pas succomber à cet appel à entrer dans la féérie du mois de décembre… À côté de ceux qui y plongent la tête la première et de ceux qui ont déjà des « éco réflexes » bien ancrés et qui savent comment festoyer autrement, de façon « green », on retrouve ceux qui naviguent entre les deux tendances ; ceux qui viennent d’initier des changements dans leur quotidien pour être davantage en phase avec les préoccupations écologiques, sociales, économiques, etc. de la transition, mais qui ont du mal à renoncer à perpétuer le déroulement habituel des fêtes. Déroger à la tradition : plus facile à dire qu’à faire.

« Remplacer » et non « abandonner »

Pour aider ces personnes quelque peu tiraillées, il existe des communautés – notamment en ligne : des groupes Facebook propres à une ville ou à une région par exemple – où se rassemblent des citoyens engagés pour échanger entre eux astuces « écolos » ou pour répondre aux questions que les uns et les autres peuvent se poser quant à leur parcours dans la transition. Et à l’approche des fêtes, ces groupes se révèlent être de véritables sources d’inspiration pour être dans « l’esprit de Noël » tout en étant en adéquation avec le nouveau mode de vie « vert », peut-être fraichement adopté.

Mettre aux oubliettes le calendrier de l’Avent ? Pas nécessairement ! Bien que ceux où chaque case renferme, par exemple, la miniature d’un produit de beauté, ou un bonbon emballé, ne sont pas à recommander ; il existe des calendriers réutilisables année après année, où les petites cases sont à remplir par soi-même avec des objets au choix… ou même des attentions immatérielles destinées aux différents membres de la famille. Recevoir un message de la part de son conjoint/sa compagne qui annonce qu’il/elle s’occupera de toutes les corvées ménagères du jour, n’est-ce pas plus agréable que de recevoir un quelconque bidule en plastique ou échantillon cosmétique qui sera vite délaissé dans les jours suivants et surtout, où le lien avec le temps de l’Avent à proprement parler est à questionner…

En ce qui concerne la décoration, un incontournable des fêtes, plutôt que de succomber aux pépites exposées derrières les vitrines, pourquoi ne pas se lancer en famille dans un atelier bricolage pour confectionner boules et guirlandes qui habilleront le sapin ?  Et pour ce qui est des friandises, notamment celles qui prennent place dans les petits souliers placés avec soin au pied de la cheminée, pas question de faire l’impasse sur cette tradition… Il est tout à fait possible de s’y adonner sans recourir aux supermarchés et à leur large proposition de sucreries qui implique trop souvent emballages individuels et ingrédients loin d’être naturels. Des recettes de bonbons aux fruits et de petits biscuits faits maison feront autant, si pas plus, le bonheur des estomacs des enfants. De plus, quand les pommes, poires, noix et autres produits locaux viennent remplacer des confiseries bourrées d’additifs alimentaires, il n’y a pas que la planète qui s’en porte mieux… notre santé également.

Les éléments de la magie des fêtes ne sont donc pas à bouder, mais à redessiner, à réinventer pour qu’ils ne soient plus purement inscrits dans une logique commerciale, pour qu’ils ne soient plus porteurs d’une simple valeur marchande mais bien de valeurs avec un grand « V » : famille, partage, amour, etc. Il est facile, avec un simple clic, de commander un arsenal décoratif digne des contes et des films hollywoodiens, et puis quoi ? Tout ne s’achète pas… Derrière les ornements « faits maison » se trouvent le souvenir d’un moment de partage familial et la transmission de certains savoir-faire, le travail de certains matériaux et la découverte de techniques artistiques, etc.

Et pour les cadeaux ?

Quand des promotions d’envergure, telle que « deux jouets + 1 gratuit », sont proposées par des enseignes de grande distribution, difficile de rester de marbre… Après tout, les jeux de société et autres joujoux représentent un coût parfois important pour le portefeuille des parents… Une occasion à saisir donc ? En fait, il s’agit d’une occasion, parmi tant d’autres, de contribuer encore et toujours à la société de consommation et aux dangers de la surconsommation. Obtenir trois jeux en déboursant le prix de deux, alors qu’en l’absence de promotion le parent se serait peut-être limité à un seul achat : l’on comprend tout de suite l’incitation à mettre la main au porte-monnaie que peut cacher ces fameuses promos. Même s’il est vrai que, parfois, elles peuvent réellement représenter une aubaine pour la personne qui avait bel et bien prévu d’acquérir plusieurs jeux, promotion ou non.

Cela ouvre la porte à la question de la quantité de cadeaux offerts aux enfants durant les fêtes. Ce thème précis à fait l’objet d’une analyse [3] de Couples et Familles où diverses alternatives étaient mises en avant pour lutter contre les effets nuisibles des surplus de présents, citons, entre autres, le recours aux « Do It Yourself », l’achat en seconde main, et même, la location !

Et plutôt que de s’offrir chacun mutuellement un/des cadeaux, le principe de la « cacahuète », où chaque personne offre un cadeau uniquement à l’heureux proche « tiré au sort », peut permettre de réguler la frénésie des achats de Noël : chaque membre de la famille ne recevra qu’un seul cadeau venant d’une seule personne ayant pris le temps de réfléchir à ce qui lui plairait réellement. La qualité du cadeau passe alors avant la quantité, et pas question ici d’évaluer l’aspect qualitatif en termes de chiffres. Le plus beau des cadeaux n’est pas le plus couteux mais bien celui qui parviendra à réchauffer le cœur de celui qui le reçoit. Remarquons que les cadeaux immatériels peuvent tout aussi bien remplir haut la main cette mission que les biens matériels. D’ailleurs, un prix maximum à ne pas dépasser est souvent fixé par les personnes dans ce type de procédé : 15 euros, 30 euros, … Chaque famille peut même adapter le concept en fonction de sa propre réalité : miser exclusivement sur « des bons pour », par exemple : « bon pour aider grand-père à travailler au jardin », « bon pour passer une journée ensemble dans un endroit particulier », « bon pour cuisiner le plat préféré de marraine », etc. Pour ce qui est des cadeaux achetés en magasin, une réflexion s’impose : qu’est-ce qui fera plaisir, plus que 3 secondes, à la personne que j’ai tirée au sort ? Car avec la « cacahuète », le risque de virer vers des cadeaux rigolos « attrape-poussières » n’est jamais bien loin… D’où l’importance de remplacer les achats compulsifs par des cadeaux réfléchis, qu’ils soient achetés, loués ou créés.

Cependant, il faut aussi relativiser la place qu’occupent les cadeaux à proprement parler dans la fête de Noël qui est avant tout – quoi qu’on en dise – religieuse et où penser aux autres est LA priorité ; notamment aux familles (ou personnes) fragilisées, pour qui remplir des besoins élémentaires est un défi quotidien. À l’heure où les bonnes résolutions se prennent, rappelons que celles-ci peuvent outrepasser le plan individuel pour venir toucher la société en plein cœur. Car c’est bien d’un changement radical dont cette dernière à besoin. Employons-nous à l’initier par les choix que nous posons tout au long de l’année, et en particulier, lors de ses moments « phares » où la pression consumériste est à son paroxysme. [4]

 

 

 

 


[1] « Familles en transition » de Couples et Familles (Dossier NFF n°125 – septembre 2018)
[2] Claim the Climate. In : http://climate-express.be/. Consulté le 29 novembre 2018.
[3] Avalanche de cadeaux de Noël : Stop ou encore ? Analyse 2017-38 de Couples et Familles.
[4] Analyse rédigée par Audrey Dessy.

 

 

 

 

 

 

 

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