Analyse 2020-01

Elles font chaque année parler d’elles lorsque le mois de janvier commence. Et bien souvent, on les oublie vite ! Les bonnes résolutions font partie de nos traditions, propres à la culture occidentale. Que signifient-elles exactement ? Et pourquoi tenons-nous absolument à en prendre, en vue d’une année nouvelle ?

Prendre une bonne résolution, c’est prendre un engagement personnel concernant un comportement, une habitude ou encore son mode de vie. Comme s’il y avait toujours quelque chose à améliorer. Qu’elles fassent suite à un événement ou bien à un besoin qui se fait sentir dans notre vie de tous les jours, les résolutions sont généralement difficiles à tenir.

D’où viennent-elles ?

Cette coutume de prendre une bonne résolution en vue de l’année nouvelle date de l’Antiquité. Ces engagements ont vu le jour parmi les Babyloniens. À l’origine, cette tradition s’inscrivait dans la religion. La promesse de s’améliorer ou de corriger certains comportements était vue comme un moyen de rembourser leurs dettes auprès des dieux. Le grand protecteur de la cité de Babylone, Marduk, était particulièrement vénéré lors du nouvel an, nommé Akitou1.

L’idée était de prendre un nouveau départ pour la nouvelle année. Ainsi les Babyloniens remettaient de l’ordre dans leurs relations et prenaient leurs responsabilités.

Ensuite, la tradition a été reprise par les romains. Le dieu Marduk laisse place au dieu aux deux visages, Janus2. Une face représente le passé, la seconde le futur. Il symbolise la fin mais aussi le commencement. Janvier est son mois, mois durant lequel les Romains se consacraient à faire le bilan de leur année.

Les religions chrétienne, musulmane et juive se l’approprient également, car le passage d’une année nouvelle, c’est l’espoir d’un renouveau. C’est l’occasion de méditer sur ses erreurs passées et de chercher à comment s’améliorer pour l’année à venir. Cette coutume va perdurer durant des siècles.

Besoin de changement

Les résolutions les plus retrouvées concernent notre bien-être, plus particulièrement notre bien-être physique, la question de la santé est mise en avant : manger sainement, perdre du poids, se remettre en forme, arrêter de fumer, etc. En second arrive notre bien-être moral, un esprit sain dans un corps sain en somme : profiter de la vie, lâcher prise, réduire son stress, etc. Cela parait plus facile à dire qu’à faire. Il est plus aisé de profiter de ristournes sur les abonnements à la salle de sport ou sur des pilules favorisant la perte de poids. Et ça, le marketing l’a bien compris. Les publicités se déchaînent lors du début de l’année. Il existe même des applications (parfois payantes) sur votre smartphone pour vous aider à tenir vos résolutions… D’autres types de résolutions apparaissent comme voyager, économiser de l’argent ou encore sortir davantage et se faire des amis.

Pas si facile

Seulement voilà, la plupart du temps, ces bonnes résolutions tombent à l’eau. C’est souvent la motivation qui fait défaut une fois les premiers jours de janvier passés. Le souci, c’est que la résolution a été envisagée afin de remédier à un problème. Et cela nous laisse peu, voire aucune marche d’erreur. Nous sommes trop stricts avec nous-mêmes. Il faudrait que dès le premier jour de l’an, nous soyons prêts à faire du sport, à être de meilleure humeur et à manger ni trop gras, ni trop sucré, ni trop salé. Alors que de tels changements s’accomplissent sur le long terme et demandent des efforts. Ainsi donc, on déchante rapidement. Le moindre écart est associé à l’échec pour finalement aboutir à un abandon pur et simple. Un sentiment de culpabilité survient et au bout du compte, on s’aperçoit que cette résolution n’était pas une si bonne idée que ça. Ce constat n’est pas ce qu’il y a de mieux pour l’estime de soi. Commencer l’année avec la sensation d’avoir échoué, ce n’est évidemment pas l’idéal.

Se fixer un objectif sur le long terme est plus sain et surtout plus raisonnable à atteindre3. Le quotidien ne se métamorphose pas du jour au lendemain, les changements se font petit à petit en restant à l’écoute de nos ressentis. Alors, il est plus aisé de ne pas succomber aux tentations. On se montre plus tolérant envers soi-même. On prend le temps qu’il faut, que l’on soit en janvier ou bien en mai. La résolution se centre uniquement vers le but : par exemple, manger plus sainement pour perdre du poids parce que l’on veut mieux se sentir dans son corps. Par contre, elle omet tout le chemin qui est à parcourir pour atteindre ce but. Un peu comme si cela pouvait se faire instantanément, en un claquement de doigts. Si bien que, très vite, nous n’avons plus que cela en tête. Donc, ce n’est pas évident de profiter de la vie au jour le jour et de savourer le moment présent. On ne s’en aperçoit pas en prenant une bonne résolution, mais cela peut nous mettre une pression sur les épaules. Avoir un objectif permet de conserver un équilibre et d’avancer pas à pas, tout en étant fier de notre progression. Pas de notions de réussites ou d’échecs, juste la satisfaction de se voir évoluer, même si cela prend plus de temps que prévu. Notre société actuelle fait en sorte que lorsque nous désirons quelque chose, il nous le faut tout de suite. Mais il faut bien prendre conscience que tout ne fonctionne pas comme cela dans la réalité.

L’inconvénient de vouloir à tout prix changer, nous changer, c’est de se faire violence et de s’oublier. Se forcer pour parvenir à notre but provoque plus de désagréments que de bénéfices. Nous avons le droit de souffler et de prendre du recul. Il existe suffisamment de pressions extérieures que pour s’en rajouter soi-même. Parfois, on se voit conseiller d’établir un planning, de tenir à jour notre calendrier de façon méticuleuse. Ce n’est pas le plus important. C’est certes pratique pour s’organiser, mais l’essentiel, c’est de s’écouter. Vouloir reprendre le sport, c’est bien ; y aller jusqu’à l’épuisement, ce n’est profitable à personne. Il y a un juste milieu à trouver.

La bonne résolution… de ne pas en prendre ?

Peut-être que le mieux, ce serait de changer notre manière de changer. Pourquoi devrions-nous absolument attendre la date fatidique du premier janvier pour évoluer ? Il est possible de progresser avant ou après. Le passage d’une année à l’autre ne va pas forcément nous procurer une motivation sans faille. Généralement, on envisage la résolution sous cette forme : « Cette année, je vais… » Mais directement s’imposer des efforts sur une année entière n’est pas ce qu’il y a de plus enthousiasmant. Rapidement, ces efforts deviendront des corvées. Alors au lieu de planifier cela pour l’année, pourquoi ne pas commencer par un mois ? Ainsi, si la résolution est vraiment dure à tenir, nous pouvons nous rassurer en nous rappelant que ce n’est que pour un mois, que nous touchons bientôt au but. Ce n’est pas négligeable pour le moral. Inutile de viser trop haut directement. Pour se voir avancer, il est recommandé de segmenter notre objectif final en plusieurs étapes. Prendre une bonne résolution ne rime pas forcément avec un grand changement. Faire une liste, mettre en évidence nos rêves et aspirations, c’est déjà une belle résolution !

Prendre une bonne résolution sert pour certains à marquer la fin des périodes de festivités et de la reprise du quotidien : école, travail, etc. Pour d’autres, c’est justement l’occasion de recharger les batteries en prenant la décision de s’accorder un peu de répit. Ces envies de changement et de remettre le compteur à zéro se rencontrent aussi lors de la rentrée, suite aux vacances d’été. C’est une nouvelle année académique qui commence. Une nouvelle méthode se profile également : prendre la résolution… de prendre une résolution l’année prochaine ! Ainsi, nous avons l’année pour nous y préparer et ainsi rendre nos objectifs plus réalistes4.

On prend généralement des résolutions nous concernant directement, mais c’est possible de voir plus loin : accorder davantage de temps à nos proches, réfléchir sur notre consommation, consommer local, réduire nos déchets, etc. Nous pouvons essayer de nous rendre meilleurs, mais aussi le monde, même si cela reste bien sûr à petite échelle. Des petits gestes altruistes peuvent amener un changement positif ! Alors bonnes résolutions ou non, il est toujours possible de contribuer à un monde meilleur5.

 

 

 


 

1. RUTTEN M., « La religion à Babylone », Babylone, Presses universitaires de France, 1948 : http://religion.mrugala.net/ (consulté le 18/12/19).
2. BRISSON J., « Janus », Universalis : https://www.universalis.fr/ (consulté le 18/12/19).
3. BERTAUX M., « En 2019, on oublie les bonnes résolutions, on se fixe des objectifs », 02/01/19 : http://madame.lefigaro.fr/ (consulté le 17/12/19).
4. LOUESSARD D., « Pourquoi vous devriez prendre de bonnes résolutions pour 2018 (et non 2017) », 11/01/17 : https://www.terrafemina.com/ (consulté le 23/12/19).
5. Analyse rédigée par Violette Soyez.

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